Le dualisme dans la représentation artistique est pour l’artiste le reflet des éléments de dualité présents dans la nature, dans la pensée et dans la condition humaine. Son travail de création émerge naturellement des principes de dualité. Elle utilise la géométrie pour représenter les réalités structurées de la pensée, de la nature et de la vie humaine. Les formes organiques, les références au corps humain en particulier, témoignent des réalités aléatoires du statut de vivant. Pour elle, ces deux types de réalités cohabitent en toute chose. Le monde organique, forcément imparfait et temporel, est constitué d’éléments de base infiniment petits, proches de la perfection géométrique.

Les couleurs et la transparence ont une importance capitale dans son travail. La transparence est un de ses moyens privilégiés pour faire apparaître les dualités du monde réel et de la représentation. La transparence pour unifier les images, moduler la lumière et les couleurs, en changer les qualités. La transparence questionne la limite. Limite du visible, limite du tangible. Voir à travers, cristallin de l’image, voir de près, voir de loin.

Dans ses œuvres, elle met en présence, l’abstraction et le figuré, la couleur et la transparence, le microscopique et le macroscopique, la photographie et la peinture, le réel et le virtuel, le pixel et la cellule. L’artiste utilise le médium numérique depuis 12 ans dans son travail, à cause de ses capacités d’assemblage inégalées par transparence. Elle cherche à exploiter la spécificité du médium, à faire des œuvres qu’elle ne pourrait pas réaliser sans lui. Ce médium est à la base de l’assemblage de ses œuvres hybrides (média numérique et peinture). Il lui permet un travail de précision extraordinaire par couches successives (layers). Cette approche artistique, par couche, rappelle l’une des techniques les plus anciennes et les plus connues de la peinture, utilisée depuis des siècles par les peintres d’hier à aujourd’hui. La technologie revisite la peinture. Le nouveau célèbre l’ancien. Superpositions de couches. Superpositions de temps, et d’espace. Mais le passé n’est pas garant de l’avenir. Il est important pour l’artiste de continuer à chercher les meilleures voies pour traduire sa vision intérieure. Cela est une condition décisive pour la création d’une œuvre qui résonne.

Dans ses derniers travaux, elle s’est intéressée au monde animal, puis végétal et finalement minéral. Le continuum de la vie à rebours. L’involution. En plus de l’aspect formel, l’artiste se penche sur les origines, les similitudes entre les règnes, l’anthropomorphisme et l’impact de la lumière dans la représentation et dans le monde.

Janick Laberge, artiste, Québec, Canada.